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FIRE  &  ALIVE  TOUR / Canadian Music Week 2015 / BLOG

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J2 - LE JOUR LE PLUS LONG

May 7, 2015

 

Le soleil se lève et nous avec. Rentrés à 1h du matin après un concert à OSHAWA. Clairement on accuse le coup du décalage horaire. Celui-ci semble s'atténuer pourtant mais avec lui l'euphorie d'être à contre-temps du tous, l'ivresse des chauffes-souris, ça y est nous sommes au bon rythme canadien, réglés avec le soleil, alignés sur les avenues. 

Le programme de la journée : on se laisse couler jusqu'à ce soir pour jouer à PETERBOROUGH à 23h et retourner à TORONTO pour un autre concert dans une soirée secrète à 2h du matin. 
On sait que ça va piquer demain, que nos bras et nos jambes seront bien courbaturés avec la journée d'aujourd'hui, vois-tu c'est un petit cadeau qu'on se fait. Peut-être que certains iront se balader aujourd'hui, à pied, en voiture ou en skate. Mais pourquoi sommes-nous dans cet état ? Vous voules en savoir plus ?

 

JOUR 2. Le jour le plus long

La tension accumulée par les transports s'évanouissent dans les conduits d'eau chaudes et les kingsize beds, en cette journée de mercredi 6 mai, on est tous sur le pont avant 8h du matin. Nous jouons à OSHAWA avec un groupe de surf music, le club s’appelle ATRIA. OSHAWA est à 60km de la maison, une petite heure de route, on ne sait pas vraiment à quelle heure on joue, devant qui, avec quoi... on ne sait pas grand chose en fait. Il faut le voir comme un tour de chauffe, une répétition dans les conditions, un essai nucléaire et musical, la suite des aventures dans des endroits encore plus sauvages et reculés de la Terre du Nord. On chauffe la voiture, faire le tour du quartier puis de la banlieue, puis du centre. Mouvement centrifuge pour voir cette ville qu’on ne connaissait pas. Toronto a quelque chose de monstrueux, plusieurs visages et une envie d’être partout à la fois. Il y a des travaux à chaque coin de rue et le béton commence à chauffer au soleil. Les filles sortent les minijupes et conduisent des hummers ronflants, chinatown est azimuté, Little Italy peinard tout comme little Portugal, loin des quartiers residentiels, tout est légèrement plus crade. Avant d’être pris dans le traffic de la mi-journée, on sort un peu du marasme. La voie rapide s’appelle Gardiner et elle se faufile entre les gratte-ciels. Le toit ouvrant sourit et les yeux s’habillent de verre et de métal.

 

 Holidays, Oh Holidays.

Sur le bord du Lac Ontario, les pieds dans l'eau le visage au vent et les guitares de sortie. La plage est infinie et dépeuplée ; on ne voit pas le bout du lac à l'horizon, l'eau est transparente mais tellement froide qu'on ne s'y risque pas trop longtemps. Au loin, un carton plié avec l'inscription "NAKED MAN" dessus, on ne comprend pas de quoi il s'agit avant de voir un homme totalement nu en sortir. Dans sa petite boîte, il est pépère le monsieur, à bronzer intégral sans gêner personne, abrité du vent et des regards. Stéphane reste perplexe devant la liberté incarnée, il regarde autour de lui, je pense à la recherche d'un carton similaire. Une sieste au bord de l'eau, à la fraîche. On aperçoit un skatepark au loin, il s'étend sur 200 mètres avec des trous et des bosses. Allez on file là-bas, on va faire de la musique ! Alexandre et Stéphane nous impressionnent de leur capacité à rider comme des Oufs-malades. Mighty-Moe serait fier de nous. Au coin un policier met les menottes à un conducteur en infraction, la chaleur devient pesante. On a soif et on a faim. On ne sait pas quelle heure il est, de l'heure canadienne ou française, on doit se trouver un peu entre les deux. On le sait, c'est toujours le jour après l'arrivée qui est le plus pénible. On perd un peu le contact avec la réalité, les clés du 4X4 passent de main en main, on se met encore une fois en quête de nourriture et on atterrie dans le Kensington Market. Par hasard, on tombe sur un des quartiers les plus vivants de Toronto. Des restaurants, des marchés au puces, des vieux vendeurs de vinyles, des barbiers, des fromagers, des vendeurs de poissons... un petit paradis sous un soleil légèrement voilé par les nuages. Une pointe de pizza dans la main, un verre de Canada dry dans l’autre, je me pose sur un banc pour regarder passer les gens du quartier. Les hipsters de tout poil succèdent aux chinois pressés, des gothics en meute font basculer le nuancier dans les noirs, et des gamins se courent après avec des pistolets à eau, des touristes appareil photo en bandoulière s’arrêtent sur le trottoir et parlent fort, d’autres touristes sur le trottoir d’en face, puis encore d’autres touristes. Les dos sont voûtés sous les heures de marche et il n’y a plus que des souvenirs à vendres, des collifichets qui se casseront pendant le trajet retours, des cartes postales avec des ciels fluos et des rues dégagées. Rapidement les allées se transforment en revues de clichés, le rêve a duré un instant mais maintenant il faut jouer.

 

 "Don't think this city is shit, 

we love music"

Une heure de route jusqu'à la salle, c’est clean, c’est sharp. On pénètre dans un bar typique, le genre de bar où il ne faut pas faire autre chose que boire, surtout pas se laisser tenter par la cuisine, où les habitués ont ce regard oblique, avide de bagarre et de verres gratos, avec des cheveux plus gras que les frites, qui descendent sous les aisselles et une barbe anthracite collée à la bière. Des clients à la vessie  problématique descendent toutes les 5 minutes au toilettes et reviennent avec un méchant rhume qui les fait se frotter les narines ostensiblement... je grossis un peu le trait. Lorsque nous entrons, les regards nous encerclent. Guys, it's the band. 
On cherche Dino, le patron, celui qui doit nous donner l'argent du concert et les tickets pour les boissons. J'ai en face de moi un double regard divergent, la tenancière me fixe et m'ignore à la fois, tantôt c'est au gauche, tantôt c'est au droit que je m'adresse. Je pars du principe qu'elle me regarde mais je ne sais pas si dans le lot, il n'y a pas un oeil de verre... Dino arrivera et partira aussitôt, tout est réglé, elle a notre argent-là, elle nous le donnera après le concert. On va aller manger quelque chose en ville. C'est où le centre-ville ? ah on y est là ? mais y a rien autour... Oshawa. Vous servez à manger ? 

Je voudrais pas cracher dans la soupe, mais c'était surement une erreur de commander à manger ici. C’est toujours facile de faire le client désabusé, déçu voire outré et généralement je me l’interdis, par principe. Je ne bronche pas mais l’envie de me plaindre grandit à l’intérieur au fur et à mesurre que j’ingurgite des fettuccine alfredo baignant dans un jus au fromage sucré. Le temps que je me demande pourquoi ces pâtes ont le goût du sucre, je vois le visage des autres devenir blême. Le premier qui parlera de son assiette déclenchera un flot ininterrompu de plainte et de dégoût. Après quelques bouchées, les fourchettes se posent et les fauteuils se reculent.

Allez on se jette sur scène ! Le concert est bon, le concert est furieux. Les bukowskis nous dévisagent, et les filles se remuent gentiment, lorsqu'on descend de scène, en sueur, on est félicité par tous et on demande notre pognon. Il y a un jeune homme qui n’a pas décollé les yeux du match de hockey. C’est peut-être un vétéran qui souffre du syndrome post traumatique, ou un jardinier empoisonné par les pesticides, ou simplement un jeune gars décérébré par l’alcool et un quotidien sans surprise ni joie. Sa tête bouge et il regarde dans ma direction, ses yeux cherchent une étincelle dans la nuit, il est tard et seul la pompe à bière trouve grace à ses yeux. En sortant, on se fait alpagué par un jeune totalement défoncé, qui nous hurle dessus avec ses yeux qui veulent se battre entre eux : « Oshawa n'est pas une ville de merde ! Ici aussi on aime la musique !  »Tout le monde opine du chef, on va pas se fâcher mon gars « Oui ta ville est super ! Merci pour l’accueil. » Derrière lui une fille avec un décolleté plongeant pose sur une moto sous les encouragements du propriétaire. Notre plus grand fan traverse la route et défie les automobiles qui le frôlent. Quelle heure il est ? Minuit !  Sur la route, les immeubles de Toronto apparaissent au loin et avec la promesse d'une véritable nuit canadienne...

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