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FIRE  &  ALIVE  TOUR / Canadian Music Week 2015 / BLOG

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J3 - BANLIEUSARDS ET METALLOS

May 8, 2015

 

J'arrive pas trop à dormir. Pourtant je devrais vraiment profiter des nuits pour fermer les yeux, reposer les muscles, recharger l'esprit. Là c'est un peu chaud, ce qui s'est passé hier n'est pas simple à avaler. Je sais pas ce qui s'est passé, et c'est même pas à cause de l'alcool ; une journée étrange qui commençait plutôt bien. Un jeudi qui vous plonge en arrière, ce qu'on appelle un Throwback Thursday (#Tbt)  un jour inventé pour que le marché de la musique se souvienne qu'il se nourrit de la jeunesse de ceux qui la font et de ceux qui l'écoutent. Je vais vous raconter pourquoi je suis un peu troublé ce matin. 

 

 

Un bain, Barbara et moi.

Tout a débuté dans une eau à 40 degrés, avec un moteur d’avion sous la baignoire qui balance de l’air sous pression. Il y a un bouton qui déclenche la turbine à quelques centimètres du bord. L'activation du mode jacuzzi réveille toute la maison. Finalement le bruit vous assomme autant que les vibrations et les jets surpuissants. J'arrête la machine de torture et laisse reposer la chair qui cuit lentement. Barbara chante l'age tendre. Moment d'introspection. Je me demande ce qui nous conduit ici, si c'est sage de venir faire de la musique à 6000 bornes pour la faire connaître ; les pensées traversent la salle de bain et se matérialisent en nuages de fumées. Je crois rêver quelques instants. Je pense à Whitney Houston et à Jim Morrison, des pensées heureuses peut-être. And I will always ... Break on through to the otherside. En bas l'ambiance est chaleureuse, les gars parlent fort et se marrent sans arrêt. La maison vit bien notre arrivée, elle encaisse tous les tempéraments, celle qui doit souffrir c'est la dame qui squatte le sous-sol. C'est son anniversaire demain, 55 ans, son fils lui a laissé des bières et du hasch... Elle a le sourire et on l'entend chanter des fois. Je crois qu'elle drague un peu Toto. Pour l'heure je suis toujours dans mon bain, à jouer les cachets d'aspirine, les idées viennent et partent aussitôt. Il y a des coyotes qui se nourrissent dans les poubelles et des feux qui s'allument dans les troncs creux, il y a un garçon qui lance une balle contre un mur et qui le fait s'effondrer, il voulait rien lui juste jouer, il s'en tire pour une révolution lancée, un monde s'engouffre dans les gravats et courent en déclenchant des feux d'artifices. Le garçon part dans une autre direction, vers un autre mur pour lui lancer la balle, il croise un mur blanc qui lui renvoie sa propre image, il se fige. Le garçon du reflet bouge plus vite que lui et le regarde tellement mal qu'il commence à penser du mal de lui-même, le double a déjà gagné sans même jouer. Le Doppelganger marche d'un air assuré vers sa prochaine victime, le garçon ne bouge pas, il pense qu'il va briser le miroir, et que cette deuxième version de lui-même, cette version de lui qui s'oriente avec la violence, va se briser en mille morceaux et venir tout autour de lui. Dans ses mains il a son ballon aussi lourd qu'une bombe. Le garçon du reflet arrive à fleur du verre et toque. TOC TOC, ça te dérange si je viens prendre une douche ? Arthur, c'est Stéphane. Ah oui, je dormais. Bien sûr Stéphane, vas-y ! Je coupe la musique, Stéphane n'aime pas Barbara. Des fois, il se met à chanter Michelle Torr. Un monde nous sépare alors, mais on se rejoint à mi-chemin. Mes doigts sont totalement ridés et l'eau a refroidit. Il est temps de sortir. 

 

Banlieusards et métallos.

La journée continue sur sa lancée, la plomberie se répare d'elle-même et des siestes suivent d'autres siestes. La chaleur est lourde, le soleil agressif et les oiseaux sont partis se cacher dans les arbres  ou les toits lézardés. Le temps est ralenti. Une équipe part acheter à manger pour quelques jours et reviennent avec des steaks marinés. Ils m'ont pris des légumes que je fais revenir à la poêle et avec quelques épices le tour est joué, le premier repas non chargés en gras trans. Pour ce qui est des gars, ce sera des patates et de la viande. Après le repas, tout le monde repart faire la sieste, les rêves coninuent ou changent d’adresse, les soldats deviennent des peites filles, on pense à des choses à ne pas oublier, on essaye de lutter pour ne pas sombrer tout à fait. Finalement le néant nous avale.

 

A mon réveil, je vois qu'on s'agite pour préparer le départ. On a plus de 100 kilomètres à faire pour jouer dans un bar : THE SPILL. Le temps de faire la route, on se demande un peu ce qui nous pousse à faire autant de kilomètres pour jouer un concert devant des gens qui ne nous connaissent pas. On se fait combien de fric ? Je crois qu'on partage la caisse des entrées entre les trois groupes. Alors qu'on se pose tout un tas de questions inutiles, des questions qui ne rajoutent rien à l'affaire, on est parti pour le jouer ce concert quoi qu'il arrive, le paysage nous répond. Il change, les silos succèdent aux immeubles, les champs aux avenues, comme la nuit qui contamine le jour. Le paysage est un peu désert, impossible à transposer dans le paysage français, ou alors un peu de toutes les régions ; c'est plat comme la Beauce, rude comme l'Auvergne, vert comme le Perche, épais comme la Bretagne. Tous les endroits de France y passent, on essaye de mettre un mot sur ce qu'on voit. La salle n'est plus très loin. Il y a des habitués et des passants, la ville universitaire de PETERBOROUGH nous ouvre les bras. Il n'y pas la pression d'hier, on s'est reposé, l'esprit est plus léger. On fais des rencontres. Le set est plus nerveux. On s'attendait à voir des borgnes, des culs de jattes, des gens qui sortent de l'ordinaire, il en est rien, le barman a surement toutes ses capacités motrices et mentales, les clients sont normaux, j'en vois aucun accroché au plafond ou collé au sous-sol. Le premier concert de la soirée se termine, on remercie ceux qui nous ont prêté les amplis et la batterie, on échange les contacts et on se dit à la prochaine. Après nous il y a un groupe de jeunes mecs du coin, le batteur bosse comme métallos dans une usine et le guitariste est fermier ; Le batteur est bourré de tics et ne décrochent pas un mot, j'ai l'impression qu'il retient un truc à l'intérieur. Je ne sais pas s'ils ont 25 ans, ils jouent à deux parce que le bassiste ne s'est pas pointé. Ils font le concert malgré tout et ils ont la rage. C'est chouette à voir. On se met en chasse pour la prochaine salle : THE CAGE 292, et ça s'annonce mouvementé.

 

 Non-Emergency number.

Ok le concert est éclair, on arrive à la salle et ça colle par terre. On nous rince allègrement en compliments et en bières, des groupes français on n’en voit pas tous les jours. Le mot est passé qu'on arrivait, l'ambiance est punk et dévergondée, les robes des filles nagent dans les verres et ça se met torse nu pour un rien. Avant nous le groupe a presque fini à poil. La cage est littéralement sur scène, elle tient à peine lorsque les punks la percutent, on cherche la chaleur humaine comme on peut. Il y a des bouts de verre partout. Ca sent la sueur là-dedans, un peu plus que dans la voiture qui nous a transbahutés jusqu'à Peterborough. Les amplis crachent des fleurs dans l'atmosphère viciée, on est vivant bordel de merde. On sort de scène comme on est monté dessus, dans un état d’urgence. Dans la rue, on déconne sur la fille qui dormait le nez collé à l'enceinte, la pauvre s'est mise une sérieuse caisse, quelqu'un lui a donné un siège pour pas se flinguer les tympans et elle a filé au bar se prendre un autre pichet. L'instinct animal n'est plus dans l'alimentaire, c'est la pensée de l'abreuvoir qui l'anime. J'ai aussi pas mal été à l'abreuvoir sans m'en rendre compte, la soirée a couru de 21h à 3h, avec 3h de route dans le lot. Il faut vraiment aller dormir maintenant. L'adrénaline me sauve encore pour l'instant. On marche vers la voiture avec les instruments, un peu plus lourds qu'avant, et on s'arrête net à la vue des bris de verres sur le sol. Quelqu'un nous a pété la vitre passager ! Il y a un mec ou une meuf qui a pris une pierre pour nous éclater la vitre et prendre tout ce qu'il pouvait trouver ! Il y a un gros enculé qui s'est permis de rentrer par effraction dans notre voiture de location. Sait-il seulement comment ça se passe les déclarations sur les voitures de locations, cette petite raclure... Putain mais putain ! A sept le choc est moins brutal mais remue un peu. C’est l’inconnu qui s’agite dans le noir. J’arrive. L'adrénaline ne nous tient plus, la moitié du groupe s'assoit dans l'herbe et l'autre partie enlève les bris de verre sur le siège arrière. On essaye d’agir au mieux. N’enlève pas le verre, pour l’assurance. On compte les vols. Putain mais putain ! Qu'est-ce qu'on a fait ? C'est des choses qui arrivent tu sais... c'est pas la fin du monde, personne n'est blessé et le voyage continue... Chacun dédramatise comme il peut : ça sentira moins la sueur. Mais c'est vrai ça, et tant qu'on y est, on a qu'à péter la vitre opposée, ça fera pas mal aux oreilles comme ça. Allo la police ? alors bon voilà, on s'est fait péter la vitre de notre bagnole. Une déclaration en ligne ? On déclare ça simplement. Ok. On rentre à la maison sans GPS, avec le seul souvenir du nom des rues. On va pas se laisser abattre. Ce genre de trucs arrivent tous les jours à des centaines de personnes, faut penser au professeur des collèges qui passent le réveillon chez des amis et découvre sa caisse carbonisée à 4h du matin. Je vais me coucher avec cette journée en tête. Finalement le remous s’appaise. On en fera un morceau sur le prochain album, ce sera l'histoire d'une pierre et d'un gamin qui veut que la vie lui renvoie la balle. 

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