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FIRE  &  ALIVE  TOUR / Canadian Music Week 2015 / BLOG

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J5 - CHERRY COLA'S !

May 10, 2015

 

Qui a éteint la lumière ? Je me réveille dans le salon, encore habillé, et mon téléphone crache ses derniers semblants de batterie. Quelle heure il est ? Dimanche, tout est calme. Comme prévu, le temps est couvert, la luminosité et la chaleur ont baissé, les écureuils ne courent plus sur les fils électriques. J'ai dû mal dormir mais bon, je crois qu'un placard ferait l'affaire, ou la table en bois du salon moyen-âgeux, le temps de mettre de l'ordre, je mets de l'eau à bouillir et me prépare des tartines au beurre de cacahuètes et confiture de fraise. Hier soir, on a fait notre dernier concert, la pression est retombée, en paillettes sur le sol collant, l'essentiel est de laisser une trace, de passer par tous les états possibles sans trop se blesser, finalement que tout le monde se souvienne de notre passage. La cuisine se souviendra de nous ! J'hésite à me faire un paquet de nouilles chinoises de bon matin. On dirait vraiment qu'il va pleuvoir ; c'est nul pour notre journée OFF ! La maison n'est pas encore allumée, il y a seulement le grand Kévin qui ne dort jamais plus tard que 9h, il a son casque sur les oreilles et opine du chef en buvant son café soluble. Quoi ? qu'est-ce qui s'est passé Samedi ? Ah oui, samedi ? J'y viens. Tu as compris comment ça fonctionne, d'abord je te dis comment je me sens et après je te raconte ma journée... 

 

Non-emergency Number #2

Et si on commençait la journée par deux heures avec les services de police. Je ne sais pas si je vous ai parlé du coup de téléphone hypothétique qu'ils devaient nous passer hier ; c'est comme ça que ça marche, il faut rester près de son téléphone Au Cas Où le policier appelle pour faire le constat ! Je crois que c'est Kafka qui a rédigé les règles de l'administration. Finalement plutôt qu'attendre un coup de fil, on a filé à la boîte de location pour changer de voiture, et en profiter pour prendre un modèle qui claque moins, un truc moins tape-à-l'oeil. Ce que j'ai pas dit, c'est qu'ils ont appelé dans l'après-midi. Le téléphone a sonné, on a décroché et puis rien, aucun son ne sortait de l'appareil. Plus tard un message sur le répondeur nous donne une série de chiffre de référence pour ouvrir le dossier. Ce petit coup de fil de rien du tout est arrivé alors que presque tout le monde dormait, j'ai pas voulu rappeler tout de suite. C'était le genre d'atmosphère où on a simplement envie de rien faire. Résultat des courses, on se retrouve avec des numéros de dossiers en pagaille et absolument aucune idée de la suite des opérations. On part au commissariat, tenter  de régler l'affaire mano à mano. D'emblée on se heurte au mur de la bureaucratie, le visage de notre interlocuteur ne laisse rien paraître de compréhension et d'empathie. L'agent nous dit qu'on aurait dû répondre, que maintenant le dossier est clôt, il faut l'ouvrir à nouveau et attendre un coup de fil d'un officier de police. ça n'en finira donc jamais. On s'exécute. Le dossier réactivé, on rentre à la maison. Il faut se contenter du peu d'informations qu'on nous donne, ils nous appelleront un jour et on règlera tout. Je monte prendre une douche, dehors la température monte affreusement. On est plaqué au sol par la chaleur. Heureusement je crois que nous avons pris le rythme, enfin, de cette vie à Toronto. Les esprits sont plus légers. Ce soir c'est notre dernier concert en ville, la tournée éclair s'achève. Allo ? Hold on ! Déjà ? Le policier rappelle. Yes, Yes it's me ! Laissez moi vous expliquer... Une heure plus tard, je m'effondre dans un fauteuil.  Le flic m'a flingué... essayer d'épeler les noms et adresses de tout le monde en anglais. B comme Banane, O comme orange, T comme Tom... L comme Lourd ! J'ai fini par lui donner des renseignements très approximatifs. On verra sur le rapport de Police. Arthor Pomellou, né le 32 novembre 1956. C'est les compagnies d'assurance qui vont apprécier. Je me suis rien fait voler moi, je suis juste le seul à pouvoir parler anglais à un officier de police.

 

 

 Cherry Colas !

Sur Bathurst street, il y a un bar culte ; le papier peint rouge sang est percé de miroirs, les tables sont noires et la scène est minuscule. Le son est bon, les enceintes crachent le meilleur Rockabilly qui soit. Il y a une reverb spéciale que tous les autres clubs envient, on ne va pas dire que tout sonne dans ce clapier mais notre musique est vraiment bien mise en valeur. On a déjà pu s'en rendre compte en octobre dernier. Il y a des entraîneuses qui travaillent entre les concerts, et une danseuse du ventre au bout du bar. Le groupe avant nous n'est pas une découverte, ni une sensation, c'est un groupe finlandais qui largue un rock ensoleillé mais pas très solaire. J'ai la voix cassée depuis le matin, j'ai essayé de la réchauffer mais rien n'y fait vraiment. On verra comment elle réagit, cette gorge capricieuse; si elle fait bien son travail elle pourra boire quelques bières. Chacun est bien concentré, on est venu au Canada pour faire ce concert. Mike, notre contact ici, nous dit qu'il ne pourra être là que pour la fin du concert, il nous conseille de mettre les chansons en français à la fin, parce qu'il va amener avec lui des gens intéressés par les groupes bilingues. Alors on prend la setlist et on commence un jeu de composition rapide. On inverse pratiquement tout le set. ça monte, ça monte. Il est 23h moins le quart. Bientôt le coup de feu et la grosse dose d'adrénaline. La danseuse du ventre s'active sur les morceaux qui passent dans les haut-parleurs. On nous invite à monter sur scène, ça y est. On s'embrasse et on se dit au revoir. Les premières guitares s'envolent et le son est bon. La voix suit tout, elle fait des embardées pour se rappeler des limites mais dans l'ensemble elle se tient très bien. Merci le Cherry Colas ! La setlist fonctionne parfaitement, accentue les précipices et martèle les douceurs, on s'oublie entre les morceaux et je remercie le monde en français ! Kevin a délaissé l'appareil photo pour son véritable domaine de prédilection, la lumière, avec trois projecteurs, il nous emporte dans un pays étrange, nerveux et démoniaque, il y a des sirènes et des princesses, des feux de forêts et des tremblements de terre, il souligne chaque reflet de nos mimiques, chaque chaos de nos armures d'un soir. Martin prend l'appareil pour nous faire entrer dans les annales et suit à la console nos changements de cap, il fait de la peinture sonore et nous fait gravir les plus hautes montagnes, on change d'échelle et passe à la mesure des éléments. Alex envoie ses fûts dans la stratosphère ou dans les 9 cercles de l'enfer, ses cymbales se désintègrent et sa grosse caisse dicte à la danseuse du ventre toutes les subtilités du bassin. Thomas pointe sa basse vers les étoiles et bombarde des fréquences graisseuses sur tous les murs du Cherry colas, la basse tapisse et contamine la masse opaque du public. Stéphane possède le mojo meurtrier, il bouge entre les accords de puissance, il s'évade dans les déserts brûlants, il sue à grosses gouttes et ses lunettes lui tombent sur le nez, à coups de notes aiguës et criardes, il les fait remonter jusqu'à leur place d'origine. Mathieu a plus de doigts qu'il en a l'air, chacun va deux fois plus vite que son voisin et il impose par sa taille toute la structure du bâtiment, il entre en furie sur les solos, parcourant absolument tous les recoins de sa guitare, devenu l'espace d'un instant l'épée du chevalier de la table ronde. Le Graal est au bout du bar et j'y cours à la fin du concert, c'est un crâne en verre que je tiens en victoire. Je monte sur le bar et on me tend un verre de mescal, la sainte vierge me pisse dans la bouche. J'abandonne ici toute espérances. Le cola à la cerise colle par terre, décidément une habitude ici, et les mouches viennent s'y noyer. Je rejoins les chevaliers à la cape de cuivre qui soulignent maintenant tous les temps de leur instrument flamboyant, le concert donne ici son dernier râle. Les esprits ne s'échauffent pas, ils se subliment. 

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