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FIRE  &  ALIVE  TOUR / Canadian Music Week 2015 / BLOG

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J6 - LES JAMBES DE LA REINE

May 11, 2015

 

Moins fort la musique ! Les oiseaux s'éclatent le bec juste à coté de ma fenêtre et mon téléphone raille la table de chevet. Quelqu'un essaye de me joindre. Vous rentrez pas aujourd'hui ? Ah j'avais cru. On part dans la journée, on sera en France à 8h du matin. Ca va vraiment être du joli, je sens qu'on va être bien fringuant. Une semaine qu'on a mis pour trouver le rythme et direct on l'abandonne, c'est trop court cette tournée ! Heureusement qu'on est appelé à revenir ici... j'en dis pas plus parce que rien n'est signé et moi en plus je signe rien, c'est le manager qui décide. Ca me fait penser que je vous ai un peu laissé en plan hier après le concert, j'ai fait ce qui s'appelle une fin CUT, abrupte n'est-ce pas ? 

 

Un ami qui vous veut...

Aprés le concert au Cherry Colas, on mets les instruments dans la voiture et on rentre à la maison. Classique. En fait, on a rendez-vous à 1h30 du matin avec un pote qu'on s'est fait ici et qui sera dans un bar au coin de Spadina et Queens ; Il a quelque chose à nous dire mais il a aussi envie d'aller se la coller dans ce bar précis du centre. On rentre donc à l'appartement pour poser les instruments, parce qu'on veut pas se faire défoncer la vitre encore une fois. La sueur nous colle au siège de la Dodge et l'adrénaline nous enjoint à crier à chaque feu rouge que notre corps veut sortir de ce si petit habitacle ! Mais oui, on va tout casser ! Bientôt tout sera à nous ! De la cave au grenier, du poteau de football américain jusqu'au château d'eau avec le nom de la ville ; on nous remettra les grosses clefs de la ville, comme ambassadeurs ou quelque chose comme ça.  On aura une maison sur "University" et il y aura toujours une photographe planqué devant, on regardera nos sosies dans les émissions de télé-réalité, le monde voudra nous cracher dans la rivière, ce sera dégueulasse. On va être des stars ! On pourra plus compter nos voitures et nos enfants auront le nom de notre marque de céréale préférée, au moins un de nous sera en cure de désintoxication aux jeux vidéo et j'écrirai un livre sur la paix dans le monde avec le successeur du Dalaï Lama. Je crois qu'il faut mettre un peu d'essence dans la voiture. On rentre au camp de bases, et quelques douches plus tard, on repart dans le centre. On arrive alors dans un bar bondé où un groupe de rock, THE WILD, a décidé de ne jouer que les fréquences basses. C'est violent et si j'étais plus sensible, je pense que je pourrais tourner de l'oeil. Ce qui est drôle avec ce groupe dont je ne connais pas le nom, c'est qu'ils jouent très fort, à faire trembler le mur des toilettes au sous-sol, et qu'ils ont des chorégraphies... je m'explique. Sur les mises en place, le chanteur regarde tantôt la salle, tantôt ses pieds, c'est super calé ! A la longue, c'est assez ennuyant et puis le sang qui coule des oreilles, c'est pas absolument confortable. On écluse encore quelques bières et puis on discute avec notre ami qui nous présente à tous ses amis qui sont dans la musique. Lui et ses potes ont capotés sur ce qu'on a fait - c'est à dire qu'ils ont beaucoup aimé - Il veut nous faire jouer plus souvent ici et il voudrait monter une équipe pour la tournée. Les rêves de grandeur se laissent pousser des ailes. Icare se rappelle à moi vers 4 heures du matin, mes paupières de cire fondent et j'endors sur le sofa. 

 

 

My Mum won't let me go to the mall, I want to die !

Pendant que Stéphane court au tatoueur pour se gratifier l'avant-bras d'un attrape-rêve, on part au centre commercial. Le bâtiment est gigantesque, il pourrait abriter des dinosaures ; celui de Toronto a une verrière superbe qui court sur 500 mètres, le tout rempli de magasins de luxe et autre Disney Store... Au bout d'une demi-heure à l'intérieur, il faut sortir. On va ensuite au Kensington Market, chez les fripiers... Alors autant la première fois, j'avais beaucoup aimé mais à y voir de plus prés, c'est un autre piège à touriste. L'authentique est ailleurs. Il fait une chaleur de boeuf.  L'encens des marchands népalais parfume la rue et la boutique qui vend de l'herbe médicinale propose un choix ahurissant de bangs et de hottes personnelles ; un quartier super sympa ! Direction la plage pour aller nettoyer nos cuirs suintants, pas de chance une brume baigne dans le lac Ontario, une purée de poix qui fait baisser la température de 15 degrés. Qu'à cela ne tienne, on a qu'à aller devant le parlement de Toronto, faire du tourisme qui claque, avec les chinois et sous la pluie. Le ciel est bas et l'humidité nous plaque au sol, notre enthousiasme de la veille se fait la malle dans les égouts du parlement. Il faut partir maintenant, les policiers se ramènent et ils vont surement nous demander d'arrêter de jouer de la guitare dans le parc. Il en est rien, ils viennent juste nous demander qui on est. Very courtois. La fatigue me rend légèrement agressif, la mâchoire tombe et les yeux cherchent un endroit pour se poser. Je crois que mes camarades sont dans le même état ; on se traîne plus qu'on gambade ! Allez, c'est bientôt fini ! Plus que quelques heures. Et si on allait manger une poutine et boire des bières ? Certaines pensées nous sauvent.

 

Les jambes de la Reine.

Il est  21h et le seul magasin du coin qui vend des bières est fermé. On est dimanche et je crois que c'est la fête des mères ici ! Bonne fête maman ! Tout le monde est fou avec ça, il y a des panneaux partout et qui que vous soyez on vous dit : Happy mother's day ! Les églises et les vendeurs de matelas de l'avenue Eglington titrent en énorme que c'est la journée des mamans, qu'il faut être gentil et qu'il y a moins 20% sur les draps à motifs écossais. Le magasin de bière est fermé alors on tourne dans le quartier à la recherche d'un pub. On demande à des filles courtement vêtues qui marchent à plusieurs dans les rues. Stéphane s'essaye à l'anglais mais à tout tenter il demande d'abord en Français ; l'incompréhension est universelle. Elle nous indique un pub à quelques pâtés de maison, le Queen's leg's, qui doit fermer vers 2h du matin. C'est tout de même étrange la façon dont elle est habillée... l'incompréhension s'étend un peu plus au regard du voisinage. Je ne sais pas si je me baladerai seul dans le coin. On est dans la grande banlieue de Toronto et les chats pratiquent le close-combat avec les écureuils dans les ruelles crasseuses. Le bar nous ouvre les bras ; on va se rincer un peu ! Comme d'habitude on rentre à 7 comme si le lieu nous appartenait et on prend une table. La serveuse nous parle mais on ne répond pas, trop occupé à voir un peu dans quel trou on est tombé. C'est très charmant, il y a un billard et 5 téléviseurs qui projètent 4 matchs différents de Hockey, au bar quelques habitués. La conversation s'engage sur les moeurs du Canada, ce qu'on voit, ce qu'on ressent, ce qu'on pense au fond n'est pas important, on veut juste boire une bière et se détendre. 7 mecs autour de plusieurs pichets de bières qui déconnent et parlent fort. Très rapidement les habitués commencent à nous parler, les mecs comprennent mais ne peuvent pas vraiment répondre. Cela promet d'être un cours d'anglais passionnant ! Il y a JP et Chris qui viennent se poser à notre table pour parler musique, ils n'en sont pas à leur premier verre et nous conseille une autre marque de bière pour les prochains pichets. Une fille fête ses 40 ans avec sa meilleure amie, elle aligne des mots français avec difficulté et on lui apprend des expressions qui lui serviront plus tard, si jamais elle cherche à se reproduire avec des animaux à fourrures... la veille, un autre fille était venue vers nous et nous avez accostés dans la rue pour nous dire une expression française qu'elle connaissait. C'était vraiment dégueulasse comme expression, je la mettrai pas là, ça parlait d'amour, ça parlait d'amour et de jus... Typiquement un français lui avait appris une expression bien pourrie pour s'amuser. La femme du bar nous disait qu'elle voulait que ses enfants parlent le français pour qu'ils puissent SURVIVRE en France. C'est vrai que la survie c'est important ! Combien de pichets on a bu ? Je ne sais plus. A la fin, on a fait plusieurs parties de billards en équipe, la serveuse a eu un gros pourboire - je l'ai prévenu qu'on était français alors elle a rajouté 20% directement - JP et Chris sont des gars biens, on leur pose toutes les questions qui nous trottent dans la tête à propos de Toronto, certaines réponses nous surprennent, d'autres nous rassurent... Entre deux verres renversés sur le bar, on exécute une chenille endiablée pour montrer que la culture française n'est pas morte, mais qu'elle est un peu mal en point. Stéphane a le don pour animer les soirées arrosées, et les occupants du bar ne se font pas prier. Mathieu prend la queue de Billard lorsque la copine de Chris arrive, ça vous branche une partie à plusieurs... ça dégénère. La serveuse nous offre des shots et la moitié du groupe part se coucher, l'avion est demain tout de même. On se termine devant le bar à prendre les numéros de tout le monde. La prochaine fois on vous envoie un mail et on se fait un bon vieux billard des familles. JP court dans l'avenue, il veut monter aux arbres, Chris enlève sa casquette et se gratte le crâne dégarni en signe d'incompréhension. J'ai bien dû boire un pichet à moi tout seul. On se dit au revoir pendant de longues minutes, les accolades se succèdent et on se sépare. Ca fait du bien de finir comme ça, simplement à se faire des amis. On se souviendra du Queen's Legs, on se souviendra de Toronto. 

 

La semaine est passée trop vite, déjà la ville s'échappe. On range la maison, bientôt celle-ci rétrécira et on vous retrouvera. J'espère vous voir aux prochains concerts et je vous remercie d'avoir suivi ce petit journal de tournée. On ne va pas s'arrêter de bouger maintenant, et grâce à vous on ira plus loin encore. Faites-nous voir du pays, sur vos genoux dans vos esprits, faites de nous ce qu'il vous plaira, parler ou ne parler pas de nous, portez-nous dans votre coeur ou regarder nous comme nous sommes. Merci à tous pour vos messages.  Vous rendez tout cela possible et tout cela brûlant. Passez le mot que nous sommes en chemin, que cette histoire est la nôtre et qu'il y en aura d'autres. A toutes les personnes qui ont croisé notre route et à ceux qui la croiseront, 

Merci et à bientôt.

Arthur, Alexandre, Mathieu, Stéphane et Thomas. 

( et un gros merci à Martin et Kévin de nous avoir suivi jusqu'ici, vous avez été géniaux)

 

Fin. 

 

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